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Norrington, · James · Norrington


Sur la plage, abandonnés (2/3)

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Titre: Sur la plage, abandonnés (2/3)
Disclaimer: Tout à Disney, Ted Elliot, Terry Rossio...
Auteur: zakath_nath
Rating: PG
Personnages: Norrington, Jack
Genre: aventures
Résumé: Jack et Norrington jouent aux Robinsons suisses.
Avertissement: se passe environ six mois après le premier film et ne prend pas en compte les deux suites.

...

Chapitre 2

 

Où la vie s’organise

 

Dès qu’il reconnut Jack, Addison bondit au bas de son perchoir, où il avait appuyé un lourd fusil, tandis que son compagnon s’arrêtait net, laissant tomber le tonnelet qu’il avait dans les mains.

Avant que le capitaine ait pu saisir son arme, Jack braqua sur lui le pistolet qu’il avait trouvé dans la chaloupe. La poudre était probablement encore mouillée, mais cela, Addison ne pouvait le savoir.

« Allons, mon vieux, ne faîtes pas de bêtises ! » lança le pirate avec nonchalance.

L’officier lui jeta un regard méfiant qui se fixa ensuite sur Norrington. Addison écarquilla légèrement les yeux en le reconnaissant.

« Baissez votre arme, Sparrow, souffla le commodore. Capitaine Addison, auriez-vous de l’eau, par hasard ?

– Tiens, à lui, vous lui donnez du capitaine, nota Jack. Ce n’est pourtant pas moi qui viens de perdre bêtement mon navire. »

Addison s’apprêta à répondre vertement, mais se ravisa et tendit une gourde à son supérieur. Après s’être servi, Norrington la tendit à Jack.

« Qu’allons-nous faire du pirate, monsieur ? demanda Addison, les dents serrés.

– Pour l’instant, rien, je le crains. La priorité est d’organiser notre séjour sur l’île, le temps que des secours arrivent.

– Des secours, c’est vite dit, remarqua Jack. Tout le monde n’est pas suffisamment stupide pour emprunter une passe aussi dangereuse à cette période de l’année.

– Dites donc, vous… »

Norrington fit signe aux deux hommes de se taire d’un geste fatigué, et se tourna vers le compagnon d’Addison, un jeune homme à l’air buté en qui Jack reconnut l’aspirant qu’il avait aperçu maltraitant un matelot lors de son arrivée sur le défunt Foudroyant.

« Vous, monsieur, euh…

– Hunt, monsieur, répondit le garçon en saluant.

– Oui, monsieur Hunt… Qu’avez-vous débarqué, qui pourrait nous aider ? »

Hunt contempla stupidement ce qu’il avait déchargé du canot sous les ordres d’Addison.

« Euh, il y a de la toile à voile, et euh… De la poudre, mais, euh… »

Jack eut un petit ricanement, avant de se rafraîchir le gosier. La gourde était presque vide.

« Et de l’eau potable ? Ou même du rhum ? »

Addison eut un petit reniflement de mépris.

« Nous avions des réserves d’eau, mais elles sont passées par-dessus bord quand cette bande de sauvages a tenté de nous empêcher d’embarquer dans la chaloupe…

– Vous voulez parler de vos hommes ? Ne me dîtes pas qu’ils se sont révoltés, je ne le croirais pas, ironisa Jack.

– Ils ont poignardé le lieutenant Manley, précisa Hunt en ouvrant de grands yeux, visiblement toujours sous le choc des événements de la veille.

– Incroyable ! Un homme si doux, qui n’aurait pas fait de mal à une mouche !

– Ça suffit, Sparrow, fit Norrington avec lassitude. Si nous manquons de vivres et d’eau potable, les noix de coco feront un moment l’affaire. Il serait tout de même bon de vérifier s’il n’y a pas un ruisseau dans les environs… Monsieur Addison, avec monsieur Hunt, vous vous occuperez de nous construire un abri et d’évaluer quelles sont nos ressources. J’irais en exploration avec Sparrow… »

Les yeux d’Addison s’étrécirent en une expression mauvaise, et Jack vit le moment où il allait envoyer Norrington au diable. Naufragés, sans espoir tangible de secours, il pourrait toujours prétendre n’être plus soumis à l’autorité du commodore. Le capitaine sembla néanmoins se reprendre.

« Est-il bien prudent de vous aventurer seul avec le pirate ? »

Norrington haussa les épaules :

« Pas plus imprudent que de partir seul, ou de le laisser partir seul, ou encore de le laisser seul avec l’un d’entre vous. En revanche, je prendrais le fusil, au cas où nous tomberions sur quelque chose d’intéressant en route. »

Quelques instants plus tard, Jack et Norrington se frayaient tant bien que mal un chemin au travers d’une forêt étouffante. Un promontoire était visible de la plage et ils avaient décidé de le gagner afin d’avoir une vue d’ensemble de l’île.

« À votre avis, des secours sont-ils susceptibles d’arriver pour récupérer votre précieuse petite personne ? » lança Jack.

Norrington avançait tant bien que mal derrière lui, handicapé par son absence de chaussures. Il mit un moment avant de répondre.

« Si une partie de l’équipage parvient à gagner Port Royal et indiquer quelle route nous avons empruntée, je ne doute pas qu’on vienne nous récupérer.

– Si, évidemment. Imaginons que les fusiliers marins n’aient pas réussi à faire respecter l’ordre ? Les matelots pourraient aussi bien décider de se rendre à Tortuga et se mettre à leur compte. Je ne veux pas être désobligeant, mais votre capitaine Addison est une réclame vivante pour la piraterie. »

Norrington jura et s’arrêta pour ôter une épine plantée dans son pied.

« C’est le problème avec la Navy, continua Jack. Vous autres, commandants, avez bien trop de pouvoir sur votre équipage. De vrais monarques absolus. Dès qu’un homme de l’acabit d’Addison arrive au poste de capitaine, on peut être certain qu’à plus ou moins long terme, ça va mal tourner. »

Norrington se remit en route, sans répondre.

« Tandis que nous autres, pirates, avons une façon de fonctionner bien plus démocratique.

– Formidable, grinça Norrington.

– Les capitaines sont généralement élus, plébiscités par un équipage tout prêts à les suivre dans leurs entreprises.

– Voyez-vous cela.

– Et si d’aventure un capitaine pirate dépasse la mesure, son équipage peut toujours le déposer. Si la majorité va dans ce sens, le capitaine n’a plus qu’à s’incliner et laisser sa place à l’homme jugé plus compétent pour lui succéder. Nous n’avons donc pas à nous soucier de vilaines choses comme  les mutineries.

– Non, vraiment ? Rappelez-moi comment vous avez perdu le Black Pearl, il y a quelques années ?

– Ça n’avait rien à voir, protesta Jack, offensé. Barbossa n’a jamais respecté véritablement notre code.

– Vous m’en direz tant, ricana Norrington.

– Silence ! rétorqua Jack en s’arrêtant brusquement. Vous avez entendu ? »

Norrington tendit l’oreille, puis secoua négativement la tête.

« Par ici ! précisa Jack. Je crois avoir entendu le bruit de l’eau. »

Il repartit d’un pas alerte, Norrington trébuchant sur ses talons. Jack ne s’était pas trompé. Quelques minutes plus tard, les deux hommes étanchaient leur soif.

« Bien, c’est déjà ça de pris, » marmonna Jack tandis que Norrington nettoyait son visage du sang séché qui le recouvrait.

Il retrouva enfin figure humaine, même si la longue plaie avait vilaine allure. Enfin, Jack avait vu bien pire au cours de sa carrière.

« Nous n’avons plus qu’à suivre le ruisseau jusqu’à sa source. On aura moins de chance de se perdre. »

Norrington acquiesça, et ils repartirent bientôt.

Le soleil tapait violemment quand ils parvinrent enfin sur l’éminence rocheuse, et purent embrasser d’un coup d’œil l’ensemble de l’île. Elle n’était décidément pas très grande, avec seulement une plage abordable, et recouverte d’arbres sur sa plus grande partie.

De leur point de vue, ils pouvaient voir les silhouettes d’Addison et Hunt s’affairer sur le rivage. Un peu plus loin, au large, des îlots desséchés se détachaient, ici et là.

« Plutôt désolé, comme coin, remarqua Jack. Bon, nous n’avons plus qu’à redescendre, à présent. Addison et Hunt auront sans doute besoin d’un coup de main pour construire notre nid d’amour. »

Le jour suivant vit Jack et Norrington fort occupés à bâtir un abri en dur. Leurs compagnons d’infortune avaient fait de leur mieux, la veille, pour construire un refuge temporaire en s’aidant de la toile à voile, mais le commodore avait fait observer avec inquiétude que cela ne les mènerait pas loin en cas de nouvelles intempéries. Les nuages qui s’amassaient au loin avaient convaincu les autres de se ranger à son point de vue.

Hunt et Addison étaient chargés du ravitaillement ce matin-là, et s’étaient munis du fusil dans l’espoir de ramener quelque chose de comestible, tandis que Jack et Norrington, ayant repéré un endroit idéal pour leurs aspirations architecturales, se mettaient au travail avec les maigres outils dont ils disposaient.

« Vous savez, mon vieux, je vous plains vraiment, lança nonchalamment Jack au bout d’un moment.

– Tiens donc, et pourquoi ? marmonna Norrington, visiblement peu intéressé.

– C’est que, voyez-vous, vous devez bien être le seul à ne pas savoir à quoi vous en tenir par rapport aux autres. Ma position est parfaitement simple. Je sais que je ne peux pas faire confiance à ce cher Addison, sauf pour chercher à me trucider dès que j’aurais le dos tourné. Je sais que Hunt est un imbécile qui se contente de faire tout ce qu’Addison lui dit. Et je sais qu’à cause de votre sens de l’honneur complètement tordu, vous ne tenterez rien contre moi tant que nous serons dans la même galère. Les choses ne se gâteront que si des secours arrivent sous forme de vaisseaux de la Royal Navy. C’est assez commode, en un sens, de savoir où j’en suis, même si la compagnie laisse à désirer, entre deux brutes bas du plafond et vous qui, sans vouloir vous vexer, n’avez rien d’un joyeux drille.

– Oh, je ne sais pas. Le mois dernier, le gouverneur Swann m’a raconté une plaisanterie qui a bien failli me faire sourire.

– Quant à Addison, sa situation est aussi très claire. Il a beau vous faire des ronds de jambe, même vous avez dû vous rendre compte qu’il ne peut pas vous sentir. Il n’hésitera pas à se débarrasser de nous deux. Comme je l’ai déjà dit, Hunt lui obéit comme un bon toutou. 

« Mais vous, vous ne savez pas du tout sur quel pied danser. Vous ne pouvez pas faire confiance à un pirate, et vous savez que vous ne pouvez pas vous reposer sur Addison et Hunt. Votre situation est inconfortable, non ?

– Sparrow, je crois que je pourrais supporter votre verbiage si vous pouviez travailler en même temps. Je n’ai pas l’intention de tout faire tout seul.

– Bon, bon, d’accord, là, je vous aide. N’empêche, vous savez que je n’ai pas tort. Vous ne pouvez pas faire confiance à Addison.

– Ah non ? Tenez ça bien droit. 

– Où en étais-je ? Addison. Il rêve de prendre votre place. Je l’ai bien vu à bord du Foudroyant. Je connais bien ce genre de types. J’en ai croisé au cours de ma vie, des gars comme ça, et j’en aurais à vous apprendre…

– Évidemment, comme cela ne fait que vingt ans que je suis dans la Navy, je n’ai pas pu tomber sur cette sorte d’officiers. Heureusement que vous êtes ici, Sparrow, pour m’éclairer de vos lumières, fit le commodore d’un ton railleur.

– Bon, vous ne venez pas de sortir de l’œuf, c’est vrai, mais…

– De plus, je connais Addison depuis bien plus longtemps que vous, et si vous vous imaginez m’apprendre quoi que ce soit de nouveau, vous vous trompez. » coupa Norrington, plus sèchement.

Jack eut un petit sourire. Il tenait quelque chose d’intéressant.

« Vraiment, vous avez déjà eu affaire à lui ?

– J’ai servi sous son commandement, peu après avoir obtenu mon brevet de lieutenant. Cela ne s’est pas très bien passé. J’aurais sans doute dû me montrer plus discret sur l’opinion que j’avais quant à sa façon de commander. Quoiqu’il en soit, à notre soulagement mutuel, j’ai par la suite était affecté sur un autre navire. Alors que je menais mon petit bonhomme de chemin de mon côté, il a été en butte à quelques ennuis. Il a été un temps rayé des listes de la Navy pour faute professionnelle. Je n’en sais pas plus à ce sujet. Addison a cependant des relations importantes au sein de l’Amirauté, et a pu être réintégré, mais entre-temps, certains officiers, dont je fais partie, ont obtenu des promotions qu’il estimait lui revenir du fait de son ancienneté.

– Je vois, » murmura Jack.

Ses impressions nées à bord du Foudroyant ne l’avaient décidément pas trompées. La rivalité entre les deux hommes était d’importance. Restait à s’assurer qu’elle ne se retourne pas contre lui.

Addison regarda d’un air morne la proie qu’il venait d’abattre et que Hunt lui avait rapporté d’un air affamé. Comment s’appelait cette bestiole, déjà ? Ah, oui, un racoon. Sans doute loin d’être succulent, mais il valait mieux ne pas revenir les mains vides. Le pirate ne se priverait pas d’une remarque spirituelle.

« C’est bon, Hunt, arrêtez d’agiter ce raton laveur sous mon nez. Passez-le-moi. »

Avec mauvaise humeur, le capitaine glissa l’animal à sa ceinture, à côté de sa réserve de poudre. Suivi du jeune aspirant, il redescendit vers le bord de mer. Une éclaircie dans la forêt lui permit d’apercevoir en contrebas Norrington et Sparrow en train de construire une espèce de masure pitoyable.

« Non, mais regardez un peu ces deux-là, » grinça-t-il.

Hunt obéit, la bouche légèrement ouverte.

« Qu’est-ce qu’il y a, monsieur ? » demanda-t-il finalement.

Addison se gratta pensivement le menton.

« Il semblerait que mes pires craintes soient fondées. »

La curiosité du jeune homme était à présent piquée.

« Vos craintes ?

– Concernant le commodore. Cela fait déjà un moment que je me posais des questions à son sujet, mais les événements récents ne font que confirmer ce que je soupçonnais déjà.

– C’est-à-dire ?

– Vous êtes sans doute conscient, malgré votre jeune âge et le peu de temps passé dans la marine, que certains officiers ne sont pas, disons, aussi honorables que l’on pourrait le souhaiter ? L’Amirauté a beau lutter contre la corruption, il y en a toujours pour passer entre les mailles du filet.

– Et le commodore serait l’un d’entre eux ? Il est pourtant très respecté à Port Royal.

– Ne vous y trompez pas. Ne trouvez-vous pas étrange qu’il soit arrivé à un poste aussi enviable alors que bien des capitaines plus expérimentés et avisés n’ont aucun avancement ?

– Son père était amiral, monsieur. Cela doit aider. Et puis, il s’est parait-il montré très efficace dans la lutte contre les flibustiers de la région.

– Ah, parlons-en. Il a en effet conduit son lot de pirates à la potence, mais ne trouvez-vous pas étrange, de ce fait, son indulgence envers Sparrow ? Il y a quelques mois, il lui a laissé une longueur d’avance dans sa fuite quand son devoir le pressait de le poursuivre, et à présent, regardez-le : il semble faire pleinement confiance au forban et passe beaucoup de temps avec lui. »

Hunt fronça les sourcils et Addison pouvait presque entendre les rouages tourner à l’intérieur de son crâne épais.

« En effet, c’est très curieux.

– C’est plus que curieux. Norrington a toujours su écarter ceux qui se mettaient en travers de sa route, croyez-moi, j’en ai fait les frais. À présent, il me semble évident qu’il doit travailler avec Sparrow depuis un petit moment déjà. Il lui élimine la concurrence et en échange… Je ne sais pas quels sont les termes de leur accord, mais croyez-moi, je doute qu’ils aient l’intention de quitter l’île en notre compagnie. Norrington se doute que je ne suis pas dupe en ce qui le concerne. Ils vont tenter quelque chose contre nous, à un moment ou un autre. Il faudra prendre les devants. Je n’ai pas encore de plan arrêté, mais restez sur vos gardes en attendant. Je vous ferai signe quand le moment sera venu d’agir. »

L’aspirant resta un instant immobile, le temps que les révélations de son capitaine pénètrent dans son esprit, puis hocha lentement la tête.

À suivre.

 



 
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On le 14 mai 2008 13:52 (UTC), gereiheimer commented:
Encore un bon chapitre!

"sans vouloir vous vexer, n’avez rien d’un joyeux drille.

– Oh, je ne sais pas. Le mois dernier, le gouverneur Swann m’a raconté une plaisanterie qui a bien failli me faire sourire."

J'ai beaucoup ri à ceci... Je vois tout à fait Norrington dire ça...
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On le 16 mai 2008 12:54 (UTC), gribouille replied:
Jack et James sur une île déserte... sans cesser de se chamailler... quel bonheur ^__^ j'aime beaucoup l'analyse de Jack de la situation, de la hiérarchie dans la Royal Navy - et du code des pirates, alors qu'il en a fait les frais XD -, et des rapports entre James et Addison... et j'aime le sang-froid de Norrington ^_^
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On le 16 mai 2008 19:00 (UTC), zakath_nath replied:
Gribouille
Oui, il lui en faut, du sang-froid et de la patience, à ce pauvre Norrington!

Pour les comparaisons de Jack entre la Navy et la piraterie, je me suis inspirée de "Long John Silver" de Bjorn Larsson, où on fait la distinction entre les capitaines de la marine royale (ou marchande) de "droit divin" et les capitaines pirates qui doivent plus tenir compte de l'opinion de leurs hommes.
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On le 16 mai 2008 18:56 (UTC), zakath_nath replied:
gereiheimer
Je constate que cette réplique rencontre pas mal de succès =) !

Merci pour ta review!

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